Les relations entre personnes n’ont rien de naturelles

Je crois que les relations entre humains n’évoluent pas naturellement. Elles sont conditionnées à l’occurrence d’évènements et de choix conscients.

Pour le début d’une relation amoureuse on dit souvent "si ça doit se faire ça se fera", pour une relation amicale "c’est devenu un bon ami", "on s’est rapprochés". À l’inverse pour le déclin de relations on dira "on s’est perdus de vue", "c’est difficile de voir untel il est très occupé". On va invoquer le destin. Dire qu’avec des enfants on a moins le temps. Comme s’il n’y avait pas de contrôle, de responsabilité.

Je me dis que c’est potentiellement faux.

L’évolution des relations, de connaissance vers amitié, d'amitié à connaissance, d'amitié vers intimité, de connaissance vers intimité, et à l’inverse d’amitié à connaissance, etc. est liée à des choix et des événements.

1. Il y a déjà le choix d’aimer l’autre. Je veux dire par là être tourné vers lui ou elle et lui donner de soi, du respect, de l’intérêt, de la gentillesse, de la tendresse etc. Et ce n’est pas papoter. Ce n’est pas non plus divertir l’autre, attirer son attention, lui faire la cour.

C’est un vrai travail d’aimer. Il faut comprendre ce dont l’autre a besoin ou plutôt deviner car même l’autre ne le sait pas forcément. Il faut aussi faire l’effort de recoller des informations données dans le passé avec celles données maintenant.

Ça vaut pour l’amitié ou des relations plus intimes.

2. Il y a le choix d’aller vers l’autre. Cela ne tient pas debout de penser qu’une relation peut disparaître d’elle-même. apparaître d’elle-même, se développer d’elle-même.

Qu’est-ce que ça veut dire aller vers l’autre ? Cela veut dire lui parler, lui écrire, lui sourire, le saluer, engager un échange. Cela veut dire de générer des occasions d’être avec cet autre. Proposer d’aller dej à des collègues c’est contribuer à renforcer une relation. Si quelqu’un passe à son bureau pour une question, lui dire "on va prendre un café sinon ?". Quand on va faire les courses dire à l’autre "tu as besoin de quelque chose ?". Les classiques "tu fais quoi ce week-end ?", "le boulot, ça va ?", "Les enfants vont bien ?". Tout ceci n’est pas naturel. Ce n’est pas compliqué mais ce sont des actions volontaires.

Si on ne fait plus de geste pour aller vers l’autre, la relation a beau être forte, elle va s’endormir. Je ne crois pas qu’elle disparaisse. On a tous revu des amis d’enfance et eu l’impression de les avoir quittés hier tellement la connivence revenait immédiatement.

Pour faire passer une relation vers l’intimité, c'est pareil, ça ne vient pas naturellement. Il faut à un moment passer les distance sociale amicales. Toucher. Avoir son visage proche de l’autre. Il faut créer un cadre propice au passage vers l’inimité, comme être deux. Ou il faut laisser l’autre le faire, l’autoriser à le faire, avec une forme de complicité.

3. Il y a le choix de signifier. Celui-ci est je crois le moins simple. Une sympathie, une amitié, une tendresse, un sentiment amoureux, ça se signifie. C’est assez proche du choix d’aller vers l’autre mais a la nuance près que là l’objet est dire a l’autre qu’on l’apprécie, clairement, avec des mots gentils. Dire aussi aux autres qu’on apprécie cette personne. Beaucoup de gens ne savent pas faire ça il me semble. Ceux qui savent, sont souvent très populaires et appréciés.

3 choix donc : aimer, aller vers l’autre, signifier.

Je m’auto contredit. On a beau choisir, pour avoir lu pas mal de livres sur la manipulation, on est énormément drivés par des motivations inconscientes. Il y a donc énormément de choix qui sont lourdement influencés par des échanges précédents, des situations et donc très biaisés.


Et maintenant les évènements.

Les évènements sont la part d’inconnu. Dans un voyage en Birmanie, on était un groupe de 3 et manifestement une voyageuse, anglophone, seule, cherchait a aller au même endroit que nous. Au bout de la 3ème entrevue dans une ville grouillante en 2 jours, on a fini par échanger. C’est toujours une amie. 10 ans après. S’il n’y avait eu qu’une entrevue, nous n’aurions jamais eu l’opportunité de sympathiser autant. Dans une précédente entreprise, on m’a assigné comme parrain d’une nouvelle employée. On a été forcément plus enclin à se parler. On est toujours très bons amis. J’ai rencontré ma première longue relation car, dans une équipe de travail de cinquantenaires, elle avait comme moi une vingtaine d’années. Forcément on avait une proximité d’âge qui nous a fait communiquer.

Quelques exemples pour illustrer que dans beaucoup de nos relations il y a des évènements qui mettent des gens sur notre chemin plus que d’autres. Ce sont des facilitateurs pour enclencher des relations toujours bons à prendre. Cela n’enlève pas les choix à faire.


Au final, je voulais montrer que nous contrôlons largement nos relations, même si beaucoup de personnes les vivent comme des sortes de flow naturels.